APOLLON ET DAPHNE, LA METAMORPHOSE – 100x100cm – ACRYLIQUE SUR TOILE




Allégorie des tensions actuelles entre l’humain, la nature et la modernité.
J’ai peint cette toile comme on jette ce qu’on a sur le cœur, face à cette tension permanente qui me ronge entre ce que nous sommes, la nature et cette modernité qui nous écrase. Au centre, cet homme nu et recroquevillé, c’est notre vulnérabilité à tous. La pose et la tension musculaire rappellent le Penseur de Rodin ou l’anatomie tourmentée des figures du Michel-Ange, mais vidée de toute certitude.
J’ai cherché à travailler le corps par un clair-obscur sculpté à la Caravage, où la lumière crue révèle la fragilité de la chair autant qu’elle l’isole. Je l’ai voulu seul, face à l’épuisement. Sur sa tête, cette couronne de laurier ne célèbre plus la victoire des héros de la Renaissance, elle est devenue un piège : le poids de la performance, d’une victoire creuse et illusoire au milieu d’un monde qui s’effondre.
À ses côtés, il y a cet ange enraciné, cette femme ailée prisonnière de ses propres racines. Sa ligne étirée et sinueuse emprunte au maniérisme de Pontormo ou de Parmigianino, tout en se dépouillant de tout artifice mystique, le rendu du grain de la peau se fonde progressivement dans le bois mort grâce à des superpositions de glacis successifs, comme pour faire fusionner la chair et la matière. Elle incarne notre grand écart permanent : ce besoin viscéral de s’élever, tout en restant lesté à une terre qu’on saccage.
Ces racines en désordre, c’est notre lien abîmé avec le vivant, l’absurdité de vouloir grandir en détruisant nos propres fondations. Autour d’elles, le temps semble suspendu.
Il y a cette petite statue figée, vestige d’un néoclassicisme dépassé au fini lisse et froid, qui représente ces vieux idéaux rigides incapables de bouger alors que tout s’écroule.
Et puis il y a cette forêt et ces ruines antiques qui dialoguent dans une atmosphère vaporeuse, avec ces dégradés de gris-bleu et cette perspective atmosphérique chers aux paysages romantiques de Friedrich ou à la sfumato de Léonard.
Un monde en décomposition où la nature et nos propres vestiges s’entrechoquent dans une brume épaisse, incertitude dans laquelle on avance à l’aveugle, perdus entre nos créations et nos destructions.
J’ai l’impression qu’on est là, piégés dans nos contradictions, incapables de retrouver le moindre équilibre.
Comment on fait pour s’en sortir ?
Comment l’humain peut-il se libérer de ses propres chaînes pour enfin retrouver une harmonie avec lui-même et avec ce qui l’entoure ?
C’est le vertige de nos choix, individuels et collectifs, face à un avenir qu’on n’arrive même plus à dessiner. Non ?
